Par Geneviève Bélisle

On s’entend qu’à cette température, même un ours polaire serait resté dans sa tanière. Pour moi, ça ajoutait au défi personnel que je m’étais lancé un an auparavant, jour pour jour. En effet, à pareille date l’année d’avant, je passais la journée à la Gatineau Loppet accompagnée de trois collègues de travail et de Michel-Olivier, directeur général de l’événement, qui nous faisait faire la visite des lieux. Je ne savais pas encore que cette journée changerait un peu ma vie, en quelque sorte. Le même jour, je fis la rencontre de Pierre Lavoie et c’est à ce moment que je pris la décision de me remettre en forme pour être en mesure de transmettre de bonnes habitudes de vie à mes deux jeunes garçons. Le déclic dont j’avais besoin, quoi! 45 lbs en moins plus tard, en février 2015, je me retrouvais à la ligne de départ du 10 km par une température extrêmement froide.

La préparation

Étant mère de deux jeunes enfants, jeune professionnelle et heureuse jeune mariée, vous pouvez comprendre par vous-mêmes que mes secondes de chaque jour sont comptées. La fin de semaine, je me sauvais pendant la sieste des gars, telle une jeune brebis en manque de liberté pour chausser mes bottines, mes skis et hop! Me voici partie pour deux petites heures de ski. C’était en effet le seul moment que j’avais dans ma semaine pour me préparer et m’endurcir. Le ski de fond, c’est bien le sport le plus demandant sur le corps, car tous les muscles (aussi petits soient-ils) et le cardio sont mis à l’épreuve. Je me dois de vous raconter la première constatation qui m’est rentrée dedans au moment où je suis allée chercher mon dossard : moi, âgée de 30 ans, j’étais en minorité visible. Le groupe d’âge le plus nombreux? Les 50 ans et plus!!! Et attention, tous habillés de la ligne de vêtements le plus dernier cri qui soit. C’était donc là mon premier questionnement : « Qu’est-ce que je fous ici??? »

Le grand jour!!

Horaire Loppet
L'horaire de la Gatineau Loppet

En me levant le dimanche matin, journée de ma course, je me sentais comme si j’allais accomplir LA course que tout le monde attend. «Hum, calme toé fille, tu vas faire le 10 km!» Ok, je suis revenue les pieds sur terre. Un ami à moi a fait 160 km en deux jours la fin de semaine d’avant lors du Marathon canadien de ski, merci bonsoir! Mais ça, c’était son défi; le mien était différent, mais tout aussi important pour moi. Mais quand même, il fallait se calmer. Me voilà devant ma fenêtre et j’ai regardé le thermomètre; je l’ai regardé encore, je me suis frotté les yeux. « QUOI? », me suis-je écriée. Il faisait -26 et dehors les arbres tremblaient à cause du froid et le vent était très fort! J’avais presque le goût de pleurer. Monsieur l’animateur ne m’a pas aidée non plus à accepter les faits lorsqu’il me dit que la température ressentie était de -37. J’étais toute seule pour me motiver; pas personne qui ne m’attendait là-bas. Je me suis sentie soudainement très seule! Non ce n’était pas là que j’allais lâcher, je n’allais pas donner le plaisir à Mère Nature d’avoir gagné. Oh que non madame! J’ai donc sorti tout ce que j’avais de plus chaud et j’ai entassé le tout dans mon sac à dos. Je verrais rendu là-bas comment les habitués sont vêtus.

Sur place

diner
Un l'unch de championne!

Me voilà donc à l’École secondaire Mont Bleu, là où le salon du ski, la salle de fartage, la cafétéria et où le départ de la majorité des courses se trouvaient. L’atmosphère était des plus fébriles. Je voyais les organisateurs et les bénévoles travailler comme des fourmis et j’ai appris que dû au froid extrême, toute les courses avaient été réduites. Mon 10 km devenait donc un 8,5 km et le 51 km, un 42 km. « Oufff! Y a rien là! » Je me suis installée près de la porte où tous les coureurs sortaient et entraient. Des messages étaient lancés partout pour nous prévenir de nous couvrir le visage. Plusieurs cas d’engelures avaient déjà été rapportés. Certain coureurs (j’imagine du 42 km) entraient et avaient les cils tellement gelés et plein de glace qu’on ne voyait presque plus leurs yeux. Plusieurs avaient même placé du  tape partout sur les joues, le nez et le menton. Devais-je faire pareil? Je ne savais vraiment pas quoi faire à ce moment. Ayant encore 1 h 30 devant moi, il était hors de question que je sorte tout de suite. J’ai donc décidé d’aller manger mon dîner (gratuit sous présentation du dossard et au coût de 7$ pour les non-participants). Il s’agissait d’une assiette pleine de macaroni à la viande, d’une petite salade de lentille (offerte par Fontaine Santé), d’un jus au choix, d’un yogourt, d’un biscuit et d’un petit pain. Repas digne d’un champion! Je me suis choisi une place et me mis à discuter avec un monsieur qui venait d’accomplir le 27 km (devenu 22 km). Celui-ci, originaire de Gatineau, mais vivant à Québec maintenant, me raconta que ça faisait plus de 20 ans qu’il participait à la Gatineau Loppet et que selon lui, le Parc de la Gatineau se classait parmi les plus beaux parcs du Canada. 200 km de sentiers de ski de fond très bien entretenus et plusieurs endroits de stationnement pour les départs, ça c’est rare! Je me suis sentie tout d’un coup très chanceuse d’avoir accès à ce joyau.  Le gentil monsieur s’est levé et m’a souhaité un gros « merde ». En écoutant les conversations autour de moi, j’ai pu m’apercevoir que plusieurs étaient comme moi, seuls à faire leur course et que tout le monde entretenait une conversation avec son voisin, jasant de leur expérience, de la température, de vélo (oui, les gens du ski de fond sont en effet adeptes de cyclotourisme l’été). Ayant le ventre plein et la moitié de mon cabaret de mangée, je n’ai même pas eu le temps de me lever qu’une gentille bénévole est venue à moi et a pris mes déchets et les choses à rapporter que je n’avais pas mangées (yogourt, biscuit et pain). Il était temps, je devais me préparer et surtout farter mes skis!

À la ligne de départ

4-5 couches de cire plus tard, plusieurs coups de liège, le cache-cou monté jusqu’en dessous des yeux et mes goggles de planche à neige (oui, je me pensais ben hot d’avoir pensé à ça), me voilà parmi une centaine de coureurs tous prêts comme moi à entendre la sirène qui annoncerait le coup d’envoi. Alentour de moi, plusieurs, beaucoup, même énormément de personnes avaient fait le choix de chausser le ski de patin. Du ski classique comme moi, on était comme 10 à en faire. J’en venais même à me demander si je ne m’étais pas trompé de course. J’ai observé les dossards des autres ; non, ok, j’étais à la bonne place. 10 km style libre. Le mot le dit! Ensuite, placée juste à côté de moi, se retrouvait une charmante dame, dans un suit de neige rouge usé one-piece chaussée de skis des années 70 et ayant l’air d’avoir l’âge de pierre. Je me suis donc surprise à avoir un gros jugement que celle-ci allait sûrement terminer très loin en arrière. Trente secondes restant avant le départ, c’était le silence, seul le vent nous chantait ses comptines et nous rappelait que nous étions un brin malades. Tout à coup, le bruit de la sirène retentit et tout le monde s’est lancé dans la course. Vous ne vous douterez jamais qui passa à côté de moi telle une flèche à la poursuite de sa proie : ma charmante petite madame dans son suit rouge. Je n’ai jamais été capable de la rattraper. C’est à ce moment que je me suis promise de ne jamais pus avoir de préjugé, ça ne veut rien dire. Les coureurs en skate étaient déjà loin devant et je me suis retrouvée dans le peloton des skieurs classiques. Tout allait bien, j’ai eu chaud rapidement et j’ai dû m’arrêter pour enlever les goggles, changer de mitaines, de l'unettes et de tuque et je suis repartie immédiatement. Le parcours était fabuleux, en pleine forêt, entre paroi rocheuse et petite vallée, j’ai dû me rappeler de profiter du moment. Tout était magnifique et le soleil nous chauffait la couenne. Je suis rapidement devenue très humide de partout et je sentais que l’humidité gelait au fur et à mesure sur ma peau, me rappelant rapidement les -37 qu’il faisait réellement. Même des larmes me coulaient des yeux et créaient une croûte qui me gênait et m’empêchait de bien voir. Il ne fallait donc pas arrêter et finir le plus vite possible. 1 km, 2 km, plus on avançait, plus le chiffre augmentait. 4, 5, 6 km. Je pouvais sentir mes muscles s’alourdir et tout le l'ong du parcours, tout ce que je me disais c’est : «MAIS COMMENT LES GENS FONT POUR FAIRE LE 51 km???» Ce sont des Dieux ou quoi!!! Me voilà dans mon dernier kilomètre, je pouvais déjà sentir une ampoule se former à mon pied droit. Ce n’était pas le moment de lâcher, j’étais presque à la ligne d’arrivée, je pouvais entendre mon nom dicté par l’animatrice et elle m’encourageait. Le vent était si fort, je pouvais voir la ligne à franchir, le chronomètre était à 1:12:26 minutes, go, go, go! un dernier effort et oui j’ai réussi!!!! J’avais le goût de crier, mais je me suis retenue, car personne que je connaissais n’était là. Un petit groupe de bénévoles m’ont accueillie, m’ont mis une médaille au coup et m’ont demandé même si je voulais qu’ils m’enlèvent mes skis. Ne pensez pas que j’étais à tel point épuisée! Je me suis dirigée vers le poste de ravitaillement où il n’y avait pratiquement plus rien, car des centaines de skieurs étaient certainement passés avant moi. Bon, et bien c’était déjà terminé, j’étais fière de moi! Je me suis dirigée alors à l’intérieur où on attendait la remise des médailles. Tout le monde était fier de son accomplissement de la fin de semaine et en tendant l’oreille un peu vers les conversations voisine, j’ai pu constater que tous se promettaient une petite récompense à leur arrivée à l’hôtel où à leur demeure. Pour ma part, un bon bain chaud et une coupe de vin m’attendaient à la maison.

Petit défi deviendra grand un jour.

Geneviève bien fière de sa course!

Voici la liste des événements de ski de fond pour l'hiver 2015-2016!

Marathon Canadien de ski : 10 au 12 février 2017

Gatineau Loppet : 17 au 19 février 2017

Classique Jack Rabbit : 11 mars 2017

Pour voir à quel point la région est un paradis du ski de fond en hiver, cliquez ici.

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Plein air, Activités hivernales

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