Ceux qui me connaissent le savent : je suis un vrai patriote de ma région. La destruction du patrimoine au nom du « progrès » (ici ou ailleurs) me laisse un goût amer dans la bouche et quand je parle de l’histoire de ma région ou que je montre les vestiges d’une autre époque qui ponctuent le Vieux-Hull à quelqu’un de l’extérieur, je ne peux m’empêcher de pester contre une trop grande négligence envers notre patrimoine s’étalant sur plusieurs décennies. C’est pourquoi j’ai eu tout plein d’émotions positives quand on m’a parlé de deux tours guidés qui se donnent cet été dans le Vieux-Hull, justement dans le but de faire redécouvrir des pans de l’histoire méconnus ou carrément oubliés à la population. Je jubile. Voici donc comment ça s’est passé. C’est mon plus l'ong billet à date mais pas grave! Je pense que ça en vaut la peine.

Samedi, ça rime avec Zibi et E.B. Eddy

Vous avez sans doute entendu parler de Zibi, le projet d’éco-quartier qui s’apprête à se bâtir dans les environs des chutes Chaudières. Personnellement, ça fait très l'ongtemps que je regarde ce secteur industriel et que je me dis « Pourquoi personne ne met ça en valeur? », « T’imagines un atelier là-dedans??? » ou encore « Faudrait que tu t’habilles en ninja un soir et que tu trouves un moyen d’entrer là-dedans pour aller prendre des photos, commando-style. » Et bien Zibi a entendu mes prières et avec un comédien de la troupe Dérives urbaines, ils ont organisé des visites des installations abandonnées de la E.B. Eddy. Il reste encore quelques fins de semaine pour profiter de la visite alors faites vite pour réserver vos places. Ça coûte gratisssssse, comme disent certains, mais les places sont limitées. Donc pas besoin de s’habiller en ninja, du moins pour quelques semaines.

Usine E.B. Eddy, Vieux-Hull
Usine E.B. Eddy, Vieux-Hull

Alors. Départ de chez moi vers 13 h 00 avec ma copine Mélanie. Petit arrêt au Recycl’art le l'ong du ruisseau de la Brasserie (va falloir y retourner; pas eu le temps de tout voir!) jusqu’à ce que vienne le temps de se diriger vers l’usine pour la visite. Le site de Zibi (ainsi que la confirmation par courriel que j’avais reçue) parle de stationnement disponible sur place, ce qui est vrai mais ne vous fiez pas à Google Maps ou au GPS pour vous y rendre. Mon téléphone a failli se retrouver sous les roues d’un autobus (en compagnie de celui de Mélanie) quand la madame robotique de Google m’a dit de tourner à droite dans un mur bordé de buissons. Donc stationnement dans le bout de du Portage; on va marcher le reste (mais vite! Ça commence dans 10 minutes!). Le 3, rue Eddy (adresse des bureaux de vente de Zibi et départ de la visite) est juste avant de s’engager sur le pont des Chaudières.

On arrive au comptoir, un employé nous fait signer une décharge (on s’en va quand même visiter une vieille usine désaffectée), ma bl'onde panique un peu car ses souliers sont de type plutôt estival et pas mal aux antipodes de ce que devait porter un travailleur de l’époque mais on nous assure qu’il n’y aura pas de problème. Mesdames (ou Messieurs, sait-on jamais), ce n’est toutefois pas la meilleure idée du monde d’y aller avec des tal'ons, par contre. Sur place, on y rencontre Samuel « Sammy » Lassonde, ouvrier de la E.B. Eddy. On est en 1935.

On arrive dans l'usine comme tel. Les machines ont disparu et le vacarme qui vient avec aussi. Sammy nous assure qu’à l’époque, il les entendait ronronner jour et nuit jusqu’à chez lui, à plusieurs rues de là. Quelques-uns de ses collègues ont aussi connu une mort tragique ou des blessures à la shoppe, notamment là où les pitounes arrivaient par voie d’eau dans l’usine. Sérieusement, l’endroit serait parfait pour y faire le party d’Halloween du siècle sauf qu’obtenir les permis pour y tenir un tel événement serait sans doute aussi facile que d’aller chatouiller un tigre de Bengale et s’en tirer avec tous ses membres. On oublie ça (dommage…) et on se contente de se l’imaginer.

Et on arrive dans la salle des machines, toé. Bon, il n’y a plus de machines mais c’est le genre de salle où on aurait pu filmer la dernière séqu'ence de Terminator I ou II. On s’imagine aussi la place pleine de vapeurs et d’employés qui gesticulent pour se parler, plusieurs ayant les tympans défoncés, et qui prennent des capsules de sel pour ne pas (trop) se déshydrater dans des températures qui dépassent facilement les 100°. Mais Sammy est content; au moins il a un emploi!

La salle des machines... moins les machines.
La salle des machines... moins les machines.

En cours de route, on est passé sous la rue Eddy et en ouvrant la dernière porte, on revient à notre point de départ. On vient de passer une demi-heure à s’imaginer les conditions de travail de Sammy et à se dire que si l’édifice n’est plus utilisé depuis belle lurette, il demeure néanmoins impressionnant et témoigne d’une époque révolue mais cruciale de notre histoire.

Retour à la maison, BBQ, p’tit brin de jasette avec ma bl'onde et avant d’aller nous coucher mon téléphone se met à vibrer sur le comptoir. C’est Audrey, du Vieux-Hull à cheval. Mon tour de demain est devancé à 10 h. Fait trop chaud pour les chevaux à 14 h. On va se lever plus tôt demain, alors!

Dimanche, soleil et calèche

Il est 9 h. Il fait déjà quarante-douze degrés dehors. J’imagine que les pauvres chevaux n’auraient pas toughé l’après-midi, en effet. On se pointe à la Maison du tourisme, point de départ de la tournée, et on rencontre Audrey, notre guide, vêtue en costume du début du 20e siècle. Ce sont Fredo et Ginger, deux chevaux canadiens d’Élevage Fabie à Quyon, qui vont tirer notre calèche.

Ma bl'onde avait oublié de se mettre de la crème solaire mais pas de problème, il y en a à notre disposition. Petit conseil : mettez-en. Y a pas beaucoup d’ombre sur le trajet et pas sûr que vous voulez ressembler à une décoration de St-Valentin à la fin de la journée.

Hu cheval! On part! Le quartier du Musée (aux alentours du Musée canadien de l’histoire) présente une richesse architecturale inestimée. C’est le secteur traditionnellement francophone du Vieux-Hull, le premier ou une chapelle catholique francophone a été établie, nous apprend-on.

On sill'onne les rues du quartier et j’entends Audrey mentionner des noms que portent aujourd’hui plusieurs rues de la Ville : Wright, Eddy, Leduc, Hanson, Brodeur, Labelle, Aubry… Le Dr. Aubry, dont la maison existe toujours au coin de la rue éponyme et de la promenade du Portage, a construit une maison où les deux faces se trouvant de part et d’autre de la tour ronde en coin sont identiques. Certains disent que ça représente les deux côtés du personnage, supposément assez flyé. On parle d’Al Capone et de ses bras droits pendant la prohibition, du feu (haha!) Standish Hall (qui a fait place aux Terrasses de la Chaudière) où se sont produit Ella Fitzgerald, Duke Ellington et Louis Armstrong, entre autres. Ce dernier a d’ailleurs bien failli mourir à Hull, lors d’un incendie qui a ravagé la mythique salle de spectacle. And I think to myself, what a wonderful luck qu’il a eue!

Standish hall
Le Standish Hall, où se trouvent aujourd'hui les Terrasses de la Chaudière.

Je connais maintenant la raison pour l’étroitesse des maisons-allumettes (quel homme d’affaires, ce Philemon!), le nombre de personnes qui ont été déplacées pour faire place aux complexe du Portage, la vocation première de l’immeuble où se trouvent les Suites Victoria et le sens des affaires de son propriétaire et je sais qu’on a déjà construit des haches chez les actuels Brasseurs du temps. Parlant des BDT, une fois la calèche arrêtée à la La Filature (ancienne Hanson Hosiery), on « débarque » (terme venant de l’époque où le transport se faisait sur l’eau, donc en barques), les chevaux partent en break syndical et on marche jusqu’à la brasserie où un guide nous fera visiter le musée brassicole, avant même que la place soit ouverte. Dommage que ce soit fermé, je leur aurais vol'ontiers commandé une Diable au corps, par cette chaleur.

On ressort du BDT pour retrouver Fredo et Ginger pour la 2e moitié du parcours. C’est très drôle de se promener sur Montcalm en calèche et d’être arrêté à un feu rouge entourés d’autos. Outre les passants qui nous prennent en photo et qui sourient, on a aussi droit à un douchebag qui prend bien soin de faire le plus de bruit possible en nous dépassant avec sa décapotable à grosse cylindrée. Ben édifiant, mec. On est tous fiers de toi! Au moins on voit que les chevaux sont bien dressés car aucune réaction de leur part au vacarme causé par le conducteur mono-cellulaire.

Fredo, Ginger et Michel, notre cocher.
Fredo, Ginger et Michel, notre cocher.

Sur la rue Hôtel-de-ville, je vis un moment d’extase. Jamais je n’aurai pris autant plaisir à être à l’ombre des tours à bureaux! Il est presque 11 h 30 et FA ‘HAUD!!! Audrey profite des dernières minutes de la balade pour nous parler du cheval canadien, la race qui nous tire, et de ses caractéristiques (pas grand mais fort et travaillant). Puis on stationne la calèche sur Élizabeth-Bruyère, à l’ombre. À part le fait que je m’en veux de ne pas avoir amené une bouteille d’eau pour la promenade, Mélanie et moi avons passé une très belle fin de semaine. Je vous la souhaite à tous!

Et tant qu’à être dans le Vieux-Hull, parcourez notre site! Vous y trouverez plein d’autres activités pour découvrir notre chouette coin de pays au www.tourismeoutaouais.com!

 

 

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