Classique Jackrabbit : sur la piste d’une des plus longues randonnée à ski en Amérique du Nord

15 décembre 2016

par Frédéric Ménard, directeur d'événement du Marathon canadien de ski

L’aventure commence en juin 2015 dans la bibliothèque municipale d’Amherst. Une dizaine de passionnés de ski et d’histoire, dont je suis, juxtaposent des cartes topographiques récentes aux sentiers autrefois arpentés par Herman Smith-Johannsen, dit Jackrabbit. Nous parlons de possibilités, de lacs et de rivières, et de droits de passage. Nous gribouillons des sections sur un bout de papier, puis nous nous serrons la pince jusqu’à la prochaine rencontre. Sans le savoir, nous venons de vivre un moment historique : c’est ainsi qu’est née la Classique Jackrabbit, une randonnée à ski longue de 101 km et reliant Mont-Tremblant à Montebello.

J’ai tout un défi devant moi : non seulement je dois aider à organiser la première édition de cette épreuve, mais en outre, j’entends y participer, moi qui ne suis pas un grand fondeur. Oui, j’ai fait du ski toute ma jeunesse avec mes parents, mais je n’ai jamais suivi de cours ni skié davantage que 40 km en une journée. Cependant, mon expérience en sport d’endurance me permet de croire que je suis en mesure de faire au-delà de 10 heures d’activité physique. Comme motivation : Martine, mon adjointe au MCS, accroche « ma » médaille devant mon bureau. « C’est la tienne, et je te la passerai moi-même au cou », me répète-t-elle quotidiennement.

***

La veille de la Classique, nous sommes une douzaine à dormir sur le site de départ, le Domaine Saint-Bernard, où j’ai le privilège de rencontrer Paul Junique, légende vivante du MCS, qui a complété l’épreuve à 36 reprises. Je me sens petit devant lui, moi qui n’ai que 36 printemps ! Quel plaisir que de l’écouter évoquer de vieilles histoires du Marathon tout en buvant la bière Jackrabbit des Brasseurs de Montebello !

Le réveil sonne à 4 h 30. En me rendant sur la ligne de départ avec Julie ma coéquipière et présidente du Marathon canadien de ski, je constate que de tous les participants, je suis de loin le moins expérimenté. La nervosité me gagne. Alors que le signal de départ est sur le point d’être donné, le fantôme de Jackrabbit sur ses skis passe à nos côtés et disparaît dans la pénombre, à travers les torches enflammées. Moment magique qui donne le ton à une randonnée historique.

La Classique commence sous les lueurs des lampes frontales. Nous effectuons les premiers pas sur les pistes de Mont-Tremblant, puis passons sous la route 117 avant de nous engager en forêt. Au km 27, nous traversons un long champ en pente ascendante. Le vent balaye le sentier. J’ai le sentiment que je n’avance plus et le doute s’installe : qu’est-ce que je fais ici ? Quinze minutes d’effort, et nous revoilà dans la forêt à l’abri du vent.

Pendant une pause à Boileau (km 59), je me rappelle les mots de Denis Marcotte, notre directeur de piste : « Fred, n’oublie pas : si tu hésites à Boileau, prends l’autobus, car après, tu tombes dans la réserve Kenauk. De là, il n’y a plus de retour en arrière possible, et tu dois te rendre jusqu’à Montebello. » Julie et moi, nous n’avons qu’une seule idée en tête : compléter la plus longue randonnée à ski en Amérique du Nord.

Les kilomètres passent et la conversation s’amenuise. La fatigue me pousse dans un état d’introspection. Je me souviens des sorties à ski de mon enfance, sur la rivière des Outaouais. Je sens sur moi le regard vif de Jackrabbit lui-même. Je l’entends presque me murmurer de continuer. Au km 65, mon pied gauche me fait souffrir. J’en suis réduit à faire des doubles poussées pendant 10 km, le temps que les anti-inflammatoires fassent effet. Mais pas question d’en parler à Julie et de nuire à son objectif. Je reste derrière elle pour qu’elle ne remarque pas mon état.

Les 20 derniers kilomètres se font en silence dans le noir total. Progressivement, nous voyons apparaître les lumières de Montebello. Ultime descente, puis nous franchissons la voie ferrée et, enfin, la ligne d’arrivée. C’est là que Martine m’attend comme promis, après 12 heures de ski et 101 km au compteur. Elle me passe « ma » médaille au cou en pleurant.

Martine est depuis hospitalisée pour un cancer au cerveau. C’est pour elle que je serai de retour sur la ligne de départ de la 2e Classique, le 11 mars 2017. Pour elle, je vais vivre un second voyage intérieur et rendre hommage à Herman Smith-Johannsen, pionnier du ski en Amérique du Nord.

Pour vous inscrire à la Classique Jackrabbit du 11 mars 2017, cliquez ici.

(Ce billet de blogue a été écrit pour le magazine Oxygène.)

AUTRES ARTICLES QUI POURRAIENT VOUS INTÉRESSER